V/ Mémoires spécifiques

            Lhypermnésie est un terme médical qui désigne une condition psychologique caractérisée par une mémoire exceptionnelle, due à une activité intense du cerveau. Vu comme un don par la plupart des gens, l’hypermnésie peut néanmoins avoir des conséquences pathologiques graves. Elle peut être provoquée par des raisons psychologiques, émotionnelles ou dues à un choc physique. Cela peut être aussi un « don » de naissance. Il existe deux sortes d’hypermnésie :

- l’hyperthymésie qui privilégie la mémoire épisodique : les personnes concernées se souviennent dans les moindre détails d’événements personnels qui ont eu lieu il y a dix ans par exemple.

- la mémoire eidétique qui concerne les images : l’hypermnésique se souvient de tout ce qu’il voit chaque jour de sa vie et peut décrire ses souvenirs dans les moindre détails.

            Cette capacité exceptionnelle de mémorisation serait due au passage très rapide de l’information de la mémoire à court terme à celle à long terme. De cette façon la personne retient un nombre infini de détails. Une autre hypothèse du fonctionnement de cette mémoire serait la synesthésie. Il s’agit de l’utilisation simultanée des cinq sens afin de mémoriser le plus d’informations possible. Un synesthète ne dissocie pas chacun de ses sens. Chez une personne normale, chaque information obtenue par l’ouïe, l’odorat, la vue, le toucher et le goût est traitée dans une zone spécifique du cerveau. Chez le synesthète d’autres circuits du cerveau sont sollicités pour se faire.

            Ainsi comme dit précédemment, l’hypermnésie est souvent considérée comme un avantage, mais il arrive que ce soit plus un inconvénient lorsque ce « don » est mal géré. Ainsi les personnes atteintes d’hypermnésie ont des problèmes liés à la distance temporelle : ils ne font pas la différence entre un événement qui a eu lieu il y a un an et un autre survenu il y a dix ans. Pour certains d’entre eux, chaque événement de leur vie passée ont eu lieu hier.

            Les symptômes de l’hypermnésie peuvent être l’agressivité, l’angoisse, la paranoïa, la frigidité. Un hypermnésique peut avoir des cauchemars récurrents et interprète de manière exacerbée les faits. Tout ceci est du à un trop plein de souvenirs qui leur fait perdre la notion du temps, entraînant ces symptômes.

            Le syndrome de Targowla est une forme d’hypermnésie. Il s’agit d’une névrose liée à un événement traumatisant dans la vie de quelqu’un. Cette hypermnésie émotionnelle peut survenir à n’importe quel moment dans la vie du malade, en faisant ressurgir un souvenir inconsciemment refoulé. Les symptômes en sont affectifs et émotifs, la personnalité et les fonctions mentales restent intactes, le patient est conscient de son cas et peut ainsi essayer de se dominer. Il y a eu beaucoup de gens atteints de ce syndrome par exemple parmi les anciens déportés dans les camps nazis.

            Pour ne profiter que des avantages de l’hypermnésie, la personne doit apprendre à gérer ses souvenirs : environ une fois toutes les quarante-huit heures, l’hypermnésique doit revoir tous les événements récemment vécus afin de les classer dans sa tête, de faire des liens entre ces événements, entre les personnes rencontrées… Ce qui peut procurer des avantages dans la compréhension du monde qui les entoure par exemple, un analyste politique hypermnésique comprendra plus facilement des situations complexes qu’un analyste normal. Toutefois si l’hypermnésie n’est pas travaillée, elle provoque les symptômes cités plus haut. Par exemple un souvenir négatif, mélangé aux autres déteindra sur eux et pourra rendre la personne agressive ou paranoïaque. L’hypermnésique doit donc constamment être en train de réfléchir, de classer, de traiter toutes les informations qu’il a en tête afin d’effacer les inconvénients de sa situation et en tirer tous les avantages.

            L’hypermnésie peut également être appelée mémoire absolue lorsqu’elle concerne les sons. La personne a juste à écouter un morceau une fois pour s’en souvenir toute sa vie. Mozart par exemple était un musicien doté de mémoire absolue.

            Autre exemple d’hypermnésique : Steven Wiltshire, un artiste autiste anglais. Il est devenu célèbre pour ses dessins de grandes villes telles que Rome, Londres, New-York… Ces dessins sont de grande envergure et sont précis au détail près (position, taille des immeubles...) et pourtant Wiltshire ne les a observé qu’une seule fois en les survolant en hélicoptère, puis les a réalisé sans autre modèle, uniquement grâce à sa mémoire eidétique (visuelle).


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            Le britannique Ben Pridmore est également un célèbre hypermnésique puisqu’il a été huit fois champion du monde de la meilleure mémoire. En dix minutes, il a retenu la valeur de 364 cartes, et 930 nombres à deux chiffres en cinq minutes.

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            Par opposition avec l’hypermnésie, nous avons l’amnésie. Le terme désigne une pathologie neuropsychologique, qui désigne la perte, totale ou partielle de la mémoire. Elle peut avoir pour origine une origine organique (lésion cérébrale comme tumeur ou accident vasculaire, une alcoolémie importante, un traumatisme crânien, une maladie neurologique, l’absorption de drogues ou médicaments…) ou une origine fonctionnelle (troubles psychologiques dus à un stress causé par un traumatisme, maladie psychiatrique…). En psychanalyse l’amnésie est considérée comme un mécanisme de défense face à l’anxiété, ou l’angoisse de souvenirs douloureux ou traumatisants.

            Il existe deux sortes d’amnésie :

-                          l’amnésie antérograde : la personne oublie les faits qui surviennent après l’accident ou maladie qui a provoqué son amnésie. Il se rappelle de sa vie d’avant, mais n’est plus capable de se souvenir de quoi que ce soit depuis cette date et oublie tout ce qu’il vit au fur à et mesure.

-                          l’amnésie rétrograde : la personne a oublié tout ce qui a précédé l’origine de son amnésie. Contrairement aux idées reçues cette amnésie n’est jamais totale. Il existe des cas de démence où les souvenirs du patient s’effacent peu à peu en commençant par les plus récents.

            Ces deux sortes d’amnésie n’altèrent pas de la même manière les souvenirs du patient car elles ne concernent pas la même partie du cerveau. L’amnésie antérograde est due à l’endommagement du cortex préfrontal, impliqué dans la mémoire de travail et dans l’apprentissage : le patient ne peut plus apprendre, donc retenir d’informations.

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CORTEX PREFONTAL

            L’amnésie rétrograde en revanche est provoquée par une panne de l’hippocampe, partie du cerveau spécialisé dans la mémoire épisodique, autobiographique. Le cerveau possède un hippocampe dans chaque hémisphère, et des dommages sur les deux entrainent l’amnésie rétrograde et antérograde. Toutefois, les souvenirs très anciens sont souvent conservés. Nous connaissons donc les zones touchées, mais les scientifiques ne connaissent pas encore les causes exactes de cette perte de mémoire.

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HIPPOCAMPE

            Exemple de cas célèbre d’amnésie : le patient H.M (Henry Molaison, 1926/2008). Atteint d’épilepsie, ce patient a subit une ablation des deux hippocampes lors d’une opération chirurgicale expérimentale. Par la suite, il est devenu amnésique de type antérograde quasi-total avec en outre une amnésie rétrograde de onze années. Il a néanmoins gardé une mémoire à court terme intacte, mais ne pouvais pas retenir une information plus de quelques secondes sans se la répéter constamment. Toutefois des informations répétitives (son visage dans un miroir, le plan de sa maison) ou émotionnelles fortes (la mort de ses parents) lui restaient en mémoire car elles sollicitaient d’autres circuits du cerveau. Le patient a vécu ainsi durant cinquante ans jusqu’à sa mort.

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EXPLICATION DE L'ABLATION DE L'HIPPOCAMPE SUBI PAR H.M.

         


            La maladie d’Alzheimer est connue pour son symptômes de perte de mémoire. Il s’agit en fait d’une maladie neurodégénérative : c'est-à-dire la perte progressive des neurones du patient. Par conséquent le malade connaît des pertes mentales irréversibles notamment en ce qui concerne la mémoire. Souvent liée à l’âge, la maladie apparaît à partir de soixante-cinq ans mais il existe des formes plus précoces de la maladie.

            Le premier symptôme est une amnésie rétrograde, au début mineure puis qui s’accentue au fur et à mesure de la maladie. Arrivent ensuite les troubles cognitifs (confusion, irritabilité, trouble de l’humeur…) et enfin la perte de mémoire à long terme. La destruction des neurones continue jusqu’à la perte d’autonomie du patient et sa mort. L’espérance de vie du malade va de trois à huit ans à partir du diagnostique et selon l’âge de la personne. Nous ne connaissons pas les causes exactes de la maladie, mais nous savons qu’il existe des facteurs génétiques et environnementaux. Nous connaissons par exemple des anomalies génétiques responsables de la mort de neurones.

            La perte des neurones et des synapses s’opère dans le cortex cérébral qui s’atrophie, tout comme le lobe temporel dans lequel se trouve l’hippocampe. Le cerveau perd 8 à 10% de son poids tous les dix ans contre 2% chez un sujet sain. La recherche médicale axe ses efforts sur deux anomalies pour créer un médicament : les plaques amyloïdes et les dégénérescences neurofibrillaires.

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                                    CERVEAU SAIN       CERVEAU D'UN INDIVIDU

                                                                       ATTEINT D'ALZHEIMER 

                                                                                   (cortex préfontal et hippocampe touchés)

            La première anomalie provient de la protéine bêta-amyloïde, issue de la mutation d’un gène, qui se dépose dans le cerveau sous formes de plaques amyloïdes et qui compresse les neurones et fini par provoquer l’apoptose (mort neuronale). Il s’agit donc de protéines neurotoxiques.

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 PLAQUES AMYLOÏDES (deux amas rond en haut et au centre de l'image)

            La deuxième anomalie provient de la protéine Tau, qui en temps normal structure les axones (extrémité du neurone) un peu à la manière d’un tuteur avec une plante. Lorsque la protéine « vieillit », elle se détache de l’axone et est vite dégradée pour être remplacée. Mais chez une personne atteint de la maladie d’Alzheimer, la protéine se détache et n’est pas dégradée, et forme un amas anormal de neurofibrilles. Ce détachement s’explique de la manière suivante : cette protéine est habituellement peu phosphorylée et dans le cas contraire elle se détache de l’axone. Avec cette maladie, la protéine Tau est hyperphosphorylée et ne peut rester accrochée à l’axone. La cause de cette phosphorylation est inconnue. Au final, les amas de neurifibrille altèrent le fonctionnement et la structure des neurones, les compriment et entrainent l’apoptose.

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DESSIN DES DEUX ANOMALIES ETUDIEES

 

Pour résumer, il existe des mémoires spécifiques, propres à certaines personnes, provoquées par accidents, maladies ou de naissance. Par conséquent les cerveaux des personnes concernées ne fonctionnent pas de la même manière et la mémorisation non plus (hypermnésique, amnésique, atteint d'Ahlzheimer). Mais pour élargir le sujet, nous nous sommes démandé quels sont les avantages que procure l'étude de la mémoire et dans quels domaines ?

 

 

 

 

 

 

 

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